Thibaud d’Abbesses est chercheur, auteur-metteur en scène et performeur. Il bénéficie du programme pour l’émergence Artagon Sud (Marseille) et d’un contrat doctoral à l’université pour une thèse en recherche-création. Parallèlement à des études de lettres qui l'ont mené jusqu'à l'agrégation, il a développé sa pratique de la performance en autodidacte, au sein de l'artist run-space du Wonder-Leibert à Bagnolet et du collectif techno Hydropathes à Paris. Ses recherches concernent la politique de l’art et la question du lien, avec une forte appétence pour l’ésotérique et le sacré. La Compagnie Crampe Collective, fondée en 2020, réunit performeur·euse·s, plasticien·ne·s et musicien·ne·s à l'occasion de projets mêlant performances diffusables en théâtre et propositions in situ. Les projets de la compagnie sont souvent conversationnels et co-construits en territoires. Ils sont volontiers immersifs et participatifs.
- F. comme ?
Fils ou fille, la création est de l’ordre de l’enfantement. « Nucléo » c’est mon bébé.
Il y a l’idée d’une métamorphose et d’amour.
- Quelle est la genèse du projet ?
C’est ma rencontre avec ITER, projet qui a l’ambition de faire un soleil sur terre. Cela implique une consommation démesurée, une débauche de matières premières.
ITER est un projet fascinant mais que je trouve complétement inapproprié à notre besoin actuel de décroissance. Et c’est faire une confiance aveugle à la technologie. Pour moi, ce projet fait écho aux mythes de Babel (parce que toutes les nations y collaborent) et de Prométhée (par qu’il s’agit de posséder le soleil).
NUCLEO se présente comme un concurrent, de façon ludique, du projet ITER. NUCLEO, c’est un projet de fusion, mais une fusion harmonique, alchimique, au service du soin.
- Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
J’ai une personne proche, dans ma famille, concernée par la santé mentale. Et puis j’ai rencontré Marie De Gaulejac à Artagon, (structure qui s’occupe d’artistes émergents) qui m’a parlé du 3 bis f. Et j’ai participé à de nombreuses réunions du groupe de réflexion citoyen Art Soin Citoyenneté au 3 bis f. Les sessions qui s’y activent me tiennent à cœur et font sens pour mon projet.
- Comment travailles-tu ?
Je fais une thèse en Recherche/Création à l’université d’Aix en Provence et Nanterre.
Le spectacle sera l’objet d’une partie de ma thèse. La partie scientifique, plus théorique, est une recherche sur les rituels, que je cherche à réhabiliter et à réinventer, dans leur fonction sociale et politique.
J’aime travailler en équipe, échanger avec des collaborateurs, orchestrer des compétences. Matisse, qui a des compétences très techniques sur le sujet du son, apporte beaucoup dans le projet, tout comme Selma sur la musique, et bien sûr les interprètes, avec leurs personnalités. Je passe beaucoup de temps sur le dispositif, l’esthétique. Puis à partir des impros avec les comédiens nait le texte.
- Comment cohabites-tu avec ta folie ?
J’ai plus envie maintenant de l’accueillir, de ne pas la mettre derrière des murs.
Je ne m’en protège plus, derrière ma rationalité.
- Ta voix planétaire ?
Le rituel de Nucleo est lié à l’action d’harmonie, entre le cosmos et le vivant.
Le projet de coloniser la planète Mars me dégoute. C’est un défi d’égaux, un délire de docteurs Fol Amour, aux antipodes de la sobriété dont nous avons besoin.
Je préfère regarder les planètes depuis la terre. Ma voix planétaire est une voix de terrien qui tend l’oreille au ballet que les autres planètes dessinent dans le ciel.