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Tsirihaka Harrivel

Résidence de création|Mai 2026  
© Makoto C. Ôkubo

Né à Antananarivo, Tsirihaka Harrivel est un artiste de performance et compositeur. Formé au CNAC et au CNSAD, il crée avec Vimala Pons des spectacles mêlant cirque, parole et musique. Leur travail explore les limites physiques et narratives, comme dans GRANDE — ou La Dimension d’Après. Lauréat de la Villa Kujoyama en 2024, il crée CRUEL TROP TARD en 2025, en lien avec le kyūdō. Il collabore aussi à HONDA ROMANCE de Vimala Pons et prépare TELA MISSILIA ARMA pour 2027.




C O N V E R S A T I O N


F comme ? 
F comme Flash : tout d’un coup on croit comprendre quelque chose qui est très flou et la lumière est trop forte.


Quelle est la genèse du projet ?
Ce qui m’attire dans le cirque, music-hall - qui est le médium d’où je viens à l’origine-  c’est le contraste entre la toile de fond dangereuse potentiellement violente et la forme spectaculaire assez divertissante. Cette toile de fond passe rarement au premier plan sauf accident et chute. Lorsqu’on se cogne, nous est révélée la vitesse stupéfiante de nos gestes. Et c’est quelque chose que je remarque dans tout ce que je fais, jouer avec ces layers, arrière et premiers plans. J’ai fait un rapprochement depuis quelques temps avec certains systèmes de combat où l’apprentissage est avant tout un dialogue corporel extrêmement doux mais on sait que si la situation s’envenime en toile de fond la finalité est d'une grande cruauté.


Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
La résolution des conflits est une chose qui physiquement m’intéresse. Dans le cirque c’est le conflit entre la gravité et le corps. Certains arts martiaux considèrent l’idée que la résolution des conflits est triple : résoudre les conflits intérieurs (stress, tension), les conflits aux autres (peur, sur-réaction), les conflits à l’environnement (gravité, appui, espace). C’est un apprentissage. Et c’est une approche qui donne des clefs sur le soin que l’on peut apporter à nos actions. Il y a 2 ans, j’ai accompagné Vimala Pons au 3bisF pour les prémices de la création Honda Romance, un travail sur les émotions, une expression si on veut de ces conflits. J’avais très envie de continuer les rencontres faites dans le lieu.


Comment travailles-tu ?
En faisant. Je travaille beaucoup en ce moment sur l’idée d’apprentissage, de gestes qui sont complètement contre intuitifs au début, qui deviennent méga naturels au bout d’un moment (je pense par exemple au Kyudo, le tir à l’arc japonais, où pleins de détails paraissent compliqués au départ comme le fait de crocheter la corde avec son pouce ou pousser l’arc plutôt que tirer : en réalité tout est pensé pour que le tir se fasse avec l'entièreté du corps et de l’esprit). Apprendre des nouvelles choses c’est une forme d’éthique. On se rend compte qu’il n’y a rien de naturel, c'est juste des constructions. Saisir un verre d'eau n'a rien de naturel. C’est juste un apprentissage porté par un désir. 


Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Je ne sais pas ce que folie a comme sens dans cette question mais je pense directement à mes obsessions de convoquer le danger ou de me rapprocher de discipline plutôt dangereuse qui côtoie la hauteur, les armes ou les machines. J’essaie d’accueillir et d'apprivoiser cela par des formes dont le sujet est la violence (les arts martiaux) et qui m’aide à comprendre au-delà des obsessions un rapport au monde contemporain.


Un livre, un film, un Podcast avec laquelle tu arriveras peut-être en résidence au 3 bis f ? 
J’arriverai peut être avec des films d’action, sûrement avec un podcast sur l’épigénétique que je découvre en ce moment (et qui me fascine) et assurément avec La Pesanteur et la Grâce de Simone Weil.