Charlotte Wanda Kachelmann est une artiste pluridisciplinaire installée à Berlin. Son travail allie dessin, arts vivants et pratiques participatives. Engagée auprès de personnes en situation de handicap ainsi que dans des centres pour réfugiés, elle œuvre à renforcer l’empathie et à briser les barrières sociales. Ses collaborations incluent le Goethe-Institut, l’Institut Français, le CNAC, la Akademie der Künste ou encore les Staatliche Museen zu Berlin. Elle conçoit des performances, des expositions accessibles, des ateliers inclusifs et réalise des dessins en direct.
En résidence, Charlotte souhaite approfondir le lien entre soin, dessin et spectacle vivant. À travers une série de dessins issus de ses projets avec des publics marginalisés, elle développe une œuvre hybride – bande dessinée, performance – où le dessin joue un rôle central de transmission.
ENTRETIEN AVEC CHARLOTTE WANDA
• F comme… ?
F comme forme, fragilité, et faire ensemble.
La forme est fondamentale dans mon travail : le dessin naît d’une forme réelle, d’un corps, d’une présence, puis se transforme dans un langage dessiné, toujours habité par le vivant. La fragilité traverse les corps, les récits et les situations que je rencontre ; c’est ce qui me touche et ce qui me pousse à dessiner. Enfin, le faire ensemble est au cœur de ma pratique, notamment à travers des projets participatifs et inclusifs, où la création devient un espace de partage et de relation.
• Quelle est la genèse du projet ?
Je m’intéresse au dessin comme geste vivant.
Cela née d’une part de mon fort intérêt pour le spectacle vivant. Je dessine des performances et des répétitions en direct, et je m’interroge sur la fusion de ces deux pratiques : que se passe-t-il derrière les portes fermées, pendant les temps de répétition, dans ces moments souvent invisibles et voués à disparaître ? Que raconte un spectacle lorsqu’il est dessiné plutôt que joué ?
D’autre part cet intérêt naît de mon travail de longue date avec des personnes en situation de handicap et avec des publics marginalisés, dans des contextes de soin ou de vulnérabilité sociale. Dans ces espaces, j’ai observé que le dessin pouvait devenir un outil de relation, de soin et de transmission, au-delà de l’objet artistique.
J'ai envie de faire dialoguer ces deux pratiques et de transformer ces matériaux en une œuvre hybride, à la croisée de la bande dessinée, de la performance et du spectacle vivant, où le dessin devient un véritable espace de rencontre.
Je suis touché par des questions telles que: Comment raconter ensemble nos différences? Comment témoigner de nos besoins, de nos perceptions individuelles?
Quelles traces laissent nos corps, nos souvenirs et nos désirs sur le papier?
Comment peut-on dessiner avec différents types de limitations physiques?
Comment les corps sont-ils désignés, dessinés et représentés? Et comment percevons-nous notre propre corps ?
La thématique de l’autre y est centrale, tout comme la question de la transformation : comment devenir autre, comment se laisser transformer par la relation et par le regard.
• Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Le 3 bis f m’apparaît comme un lieu particulièrement pertinent pour ce projet car il se situe à l’intersection de l’art, du soin et de la recherche de nouvelles formes de représentation.
C’est un cadre qui me permet de penser la création comme un processus sensible, en lien avec des corps, des vécus, des temporalités spécifiques et des perceptions diverses. Le 3bisf offre un espace propice à l’expérimentation, à l’écoute et au dialogue, essentiels pour développer un projet qui questionne les notions de soin, de vulnérabilité et de partage.
• Comment travailles-tu ?
Je travaille de manière transdisciplinaire et intuitive, en partant souvent du dessin comme point d’ancrage. Le dessin est pour moi à la fois un outil d’observation, de narration et de performance.
Il s’agit d’observer avec tendresse l'altérité de l‘autre à travers le dessin. Guidé par l’envie de tracer, dessiner, montrer nos limites et de ressentir et partager ce qui ne se dit pas toujours avec les mots.
5) Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Elle fait partie de moi.
Des fois elle me submerge surtout quand elle me surprend de façon inattendue et d’autres fois elle me libère, me rappelle de ne pas me prendre trop au sérieux et de laisser place à l’inconnu, de ne pas avoir peur de se qui déborde.
6) Ta voix planétaire ?
Je dois penser à la phrase d'Agnès Varda “Si on ouvrait des gens, on trouverait des paysages.”