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Ginevra Collini

Avril 2025  

Programme de recherche Nouveau Grand Tour en partenariat avec l'Institut français d'Italie

Pour la deuxième année consécutive, le 3 bis f est partenaire du Nouveau Grand Tour, accueil en résidence imaginé et conçu par l’Institut français d’Italie - ambassade de France en Italie, le Nouveau Grand Tour est un programme de résidences pluridisiciplinaire adressé aux jeunes talents européens de moins de trente ans de toutes disciplines et déployé sur l’ensemble du territoire italien, à travers un réseau d’institutions partenaires. Ce programme artistique d’envergure promeut ainsi le dialogue culturel ainsi que les valeurs européennes d’échange et de partage. Ce nouveau Grand Tour offre aux jeunes artistes sélectionnés l’opportunité d’être accompagnés dans leur processus créatif, sans impératif de production, et ce faisant d’être en relation avec plusieurs acteurs culturels locaux.

 

Entretien avec Ginevra Collini



F comme ? 

Fantasme, je viens à peine de connaître l'existence de ce mot. 

Quelle est la genèse du projet ? 


Le projet a débuté en 2022, à partir d’un rapport intime et intense à mes rêves. À plusieurs reprises, j’ai fait l’expérience de la paralysie du sommeil — un état où le corps ne répond plus, accompagné d’hallucinations troublantes. En menant des recherches, je suis tombée sur des interprétations évoquant la présence de démons. Pourtant, dans ces moments suspendus, il ne se passait rien de véritablement menaçant : ces présences semblaient là pour veiller, presque bienveillantes, comme si elles tentaient de me protéger dans mes instants de vulnérabilité. 

C’est à partir de là que j’ai commencé à les chercher, à leur chercher un lieu. 

Le projet a véritablement pris forme lors d’une résidence en Italie, dans le Piémont, au coeur de terrains privés marqués par une nature recomposée. Une étendue de vignes se déployait en contrebas, visible depuis les hauteurs. C’est dans ce paysage que j’ai initié une performance, où je devenais une créature, qui, par nécessité était au-dessus des vignes, elle était parfois visible, parfois à peine perceptible. À travers elle, je cherchais un territoire, une identité. L’enjeu était de lui donner une forme d’humanité, de légitimer son existence, presque de la rendre utile. Comme si ce geste performatif pouvait faire exister ce qui échappe, d’ordinaire, à la reconnaissance. 


Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ? 


Là où je vis, je suis profondément liée à ma communauté. C’est un ancrage fort, presque organique. Mais j’ai ressenti le besoin de me confronter à un lieu qui m’était étranger, de me détacher de mes repères habituels pour explorer autrement. 

La fonction du jardin du 3bisf me fascine. Je l’imagine comme une sorte d’utopie tangible — un espace à la fois ancré dans le réel et ouvert à l’imaginaire. Un lieu qui semble contenir plusieurs temporalités, où passé et futur cohabitent, se frôlent, se confondent parfois. 


Comment travailles-tu ? 


Je m’inspire fortement de la "Méthode Absolute Beginner", une approche qui encourage à travailler la matière sans aucun savoir-faire préalable. Cela me permet d’entretenir un 

rapport direct, instinctif, presque naïf aux matériaux. Ma pratique sculpturale se construit dans cette ouverture : j’expérimente avec des matières très diverses, en me laissant surprendre par ce qui semble, au premier regard, banal ou insignifiant. 

À la manière d’un scientifique, j’observe, je questionne. Non pas uniquement ce que je fais, mais aussi ce qui est en train d’advenir, ce qui émerge entre les gestes et la matière. 

Je ne hiérarchise pas les matériaux : chacun possède une potentialité propre. L’écriture, bien qu’invisible dans les formes finales, joue un rôle central dans mon processus. Elle structure ma pensée, guide mes expérimentations, nourrit la logique interne de mes gestes. 

Comment cohabites-tu avec ta folie ? 


Très bien, j'ai confiance en mes doutes. Je cherche à ne pas la freiner, elle m'aide à concilier, compenser et m'apporte une grande introspection que j'ai ensuite besoin de communiquer à l'extérieur. 

Un livre, un film, un Podcast avec laquelle tu arriveras peut-être en résidence au 3bis f ? 


Je suis arrivée avec un film et plusieurs livres, comme une promesse faite à moi-même : celle de prendre enfin le temps de regarder et lire ce que j’avais longtemps mis de côté. 

Il y a quelques jours, j’ai regardé Deserto Rosso de Michelangelo Antonioni. Ce film, qui fait partie de sa trilogie sur l’incommunicabilité, m’a profondément marquée. D’une densité rare, il m’a laissée sonnée. Pourtant, je l’ai reçu comme un rêve — un film traversé par la question de la folie, où Monica Vitti incarne un personnage submergé par l’angoisse. Je l’ai vu dans un moment de fragilité, et il m’a paradoxalement apaisée. Comme si, à travers cette vulnérabilité, un espace de calme s’ouvrait. 

J’ai aussi commencé Recognizing the Stranger: On Palestine and Narrative d’Isabella Hammad. Un ouvrage qui interroge le rôle de la narration, non seulement dans la littérature, mais au coeur même du réel. Une réflexion précieuse sur la manière dont les récits façonnent nos perceptions, nos identités, nos territoires. 

Et puis il y a cette phrase de Pier Paolo Pasolini qui m’accompagne, comme un écho intérieur: "Perché realizzare un’opera quando è così bello sognarla soltanto ?" "Pourquoi réaliser une oeuvre, quand il est si beau de seulement la rêver ?" 


Ginevra Collini - Gabiru
Mardi 22 et jeudi 24 avril à 14h
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