Carine Poet est une voix incontournable de la scène rwandaise, poétesse, actrice et coiffeuse chez Sawa Hair Creation. Depuis 2017, elle utilise la poésie, la performance et le storytelling capillaire pour amplifier les voix, en particulier celles des filles et des femmes. Avec de nombreux prix et des scènes internationales, de Kigali à Paris, elle continue de fusionner culture, créativité et émancipation à travers son art.
Entretien avec Carine Poet
F comme ?
La force.
La force que les femmes portent dans leur chair, dans leurs histoires et dans leur capacité à se relever encore et toujours.
Quelle est l’origine de ton projet ?
I Am the Power est né du témoignage des batailles silencieuses que de nombreuses femmes affrontent, dans nos foyers, dans nos sociétés et même en notre for intérieur. Ça a surtout commencé lorsque je regardais ma mère : ses silences résiliants ont façonné ma compréhension de la puissance bien avant que je ne puisse la nommer. À travers elle, j’ai appris comment les femmes portent souvent des sociétés entières sur leurs épaules sans n’être jamais pleinement reconnues. Je voulais créer un espace où ces luttes internes et externes pouvaient être criées, où la vulnérabilité devient force, et où les voix étouffées, comme celle de ma mère, pouvaient se tenir fièrement au centre de mon projet.
Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Le 3 bis f a offert exactement ce dont cette proposition avait besoin : du temps, de l’espace et un environnement à l’écoute. L’énergie qui émane du lieu, son histoire, son architecture, sa dévotion à l’exploration des voix marginalisées étaient parfaitement alignées avec mon travail. Ça a permis au projet de respirer, de se transformer et de s’enraciner beaucoup plus profondément.
Comment travailles-tu ?
Je travaille via mon intuition, la mémoire et la conversation. J’écoute beaucoup les histoires des femmes, leurs silences ou l’espace laissé entre les mots. Mon procédé est fluide : écrire, performer, revisiter et permettre à la vérité émotionnelle du sujet de le guider vers les formes et les mouvements. La collaboration est également centrale dans ma pratique.
Comment vis-tu avec ta folie ?
Je la pense comme un compagnon, parfois bruyant, parfois silencieux, mais toujours là pour me permettre d’apprendre quelque chose sur moi-même. Ma « folie » est l’endroit où l’imagination débute, où la peine se transforme, et où l’art trouve son premier battement de cœur. Je vis avec elle en l’enlaçant plutôt qu’en la combattant.
Ta voix planétaire ?
Ma voix parle de résilience, surtout de la résilience des femmes qui évoluent dans un système qui tente souvent de les réduire au silence. C’est une voix qui demande à soigner, à confronter, et à nous rappeler que le pouvoir n’est pas quelque chose de donné ; c’est quelque chose que l’on gagne de l’intérieur.