Un centre d’art et une fabrique des arts vivants dans un espace d’hospitalités

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ARTISTES EN RÉSIDENCES

Lucie Camous

RÉSIDENCE MAI - JUIN 2027  
Lucie Camous
©Fantino
Lucie Camous

En 2022, No Anger et Lucie Camous, directement concernéx par le handicap, créent Ostensible, structure qui mêle pratiques curatoriales, réflexion théorique et production artistique. À partir des pensées féministes, queer et crip, leurs travaux se développent dans la recherche-création, les champs des disabilities, crip studies et de l’art contemporain. Ostensible s’inscrit dans une approche qui dépasse le modèle médical du handicap. Lucie Camous, artiste et commissaire d’exposition, est à la co-fondation des collectifs Ostensible et Modèle vivant-e et enseigne les études crip à Paris 8,Vincennes - Saint-Denis.



  • F comme ?
    Faille et faillite des formes

Ce qui m'intéresse dans l'orthopédie, c'est peut-être justement ce moment où le corps cesse de correspondre à sa forme supposée être la bonne. La réparation intervient alors pour le remettre en ordre. Esthétique Orthopédique cherche à regarder ce désordre, cette transformation, cette déformation comme de possibles puissances esthétiques.

 

  • Quelle est la genèse du projet ?

Cette recherche s’inscrit dans l’expérience répétée, d’une recherche d’agentivité dans la confection d’appareillage orthopédique, dit “sur-mesure” qui ne l’ont jamais été tout à fait.

Pourtant ce projet ne traite pas seulement d'orthopédie, il cherche à interroger notre manière, occidentale, de produire des corps dits fonctionnels, normaux ou réparés. J'y convoque aussi bien l'histoire de la médecine, l’histoire de l’art, que les disability et cultures crip. Il s'agit de déplacer le regard : faire basculer ce qui relève habituellement du soin, du secret médical ou de la correction vers un espace de création.

 

  • Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?

Selon moi le 3 bif F fait sens pour ce projet justement parce que c’est un espace qui permet de mettre en tension l’histoire médicale tout en regardant ce qu’elle produit et comment elle agit en connexion direct avec un centre d’art contemporain. Je cherche aussi un lieu où la recherche puisse rester ouverte, où les rencontres et les frottements avec le contexte puissent transformer le projet plutôt que simplement le contenir.

 

  • Comment travailles-tu ?

Je travaille par accumulation. Je constitue des bibliographies comme je fabrique mes playlists.

Les références théoriques, les œuvres, les conversations, les archives se répondent progressivement jusqu'à produire un ensemble cohérent.
J'ai aussi besoin de temps. Ces connexions apparaissent rarement de manière linéaire. Elles circulent entre l'écriture, le commissariat d'exposition, la performance, les rencontres, les podcasts, les lectures. Je ne sépare pas vraiment ces pratiques, elles s'alimentent.

Enfin, je travaille depuis mon expérience située. Non pas en cherchant à d’abord parler parler de moi, mais parce que je considère que le savoir incarné est un savoir à part entière. Surtout, les expériences individuelles deviennent intéressantes lorsqu'elles permettent de mettre au jour des structures politiques plus larges.

 

  • Comment cohabites-tu avec ta folie ?

La question m’intéresse davantage depuis l’endroit où elle vient buter contre celle de la normalité : qui décide de ce qui relève de la folie, du trouble, du comportement acceptable ou non. Je préfère donc parler de déplacements, de débordements et de rapports de pouvoir plutôt que de cohabitation.

Qu’est-ce que t’évoques l’idée de « futurs fantômes » ?

L’idée de « futurs fantômes » m’évoque les filiations artistiques et militantes qui nous traversent, y compris de celles et ceux qui ne sont plus là. Il y a des gestes, des pensées, des pratiques rendu possible et dont on hérite, qui continuent de produire des effets dans nos manières de créer, de penser et de lutter. Les futurs fantômes seraient peut-être ces présences qui nous accompagnent depuis le passé et qui, d’une certaine manière, continuent à agir à travers nous.

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