Si la différence vous effraie, imaginez la conformité...
THÉÂTRE Michel Cerda
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Théâtre

THÉÂTRE Michel Cerda Questions de mise en scène

SESSIONS
LES JEUDIS 15, 22 OCTOBRE ET 19 NOVEMBRE DE 15H À 17H

SESSIONS
Les jeudis 15, 22 octobre et 19 novembre de 15h à 17h

L’atelier vise à questionner la pratique de la mise en scène à partir du texte et d’en interroger certains fondamentaux : la mise en espace et la fabrication du temps, le training, l’improvisation et la direction d’acteur. Il s’agit également d’apprendre à penser des éléments techniques tels que le son, la lumière, les costumes, la scénographie. Autant d’outils pour cerner le travail de création scénique et la gestion d’une équipe.

Cette année nous nous proposons de travailler sur la pièce de Lenz Les soldats .
Pièce que Lenz écrivit à la veille de la Révolution française en révolutionnant bien des aspects de l’écriture théâtrale.

Cet atelier, initialement à destination des étudiants en théâtre, ouvre ses deux premières heures à tous ceux qui souhaitent s’y joindre en tant qu’observateurs. Un échange se fait collectivement à 17h.


Michel Cerda , Maître de conférence associé, intervenant dans le Master « Écritures et Scènes d’aujourd’hui » et responsable de la filière « Métiers du plateau » en licence à l’Université Aix-Marseille.


Dans le cadre d’un partenariat avec le Master Arts et Scènes d’aujourd’hui à l’Université Aix-Marseille

© Michel Nicolas

MARK ETC
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Arts vivantsThéâtre

MARK ETCFAUTE DE TOUT POUR FAIRE UN MONDE

SESSIONS
3, 4, 5, 10, 11 MARS DE 14H À 16H

CLÔTURE DE RÉSIDENCE
VENDREDI 12 MARS À 15H

SESSIONS
3, 4, 5, 10, 11 mars de 14h à 16h

CLÔTURE DE RÉSIDENCE
vendredi 12 mars à 15h


Dystopie rétro-futuriste, spectacle immersif du groupe Ici-Même, « Faute de tout pour faire un monde » propose un voyage dans le temps pour pister les manières dont on se représente la vie future et la relation de la dynastie humaine à son contexte. Propulsés dans les pièces d’une maison allégorique à différentes époques, les spectateurs enquêtent ou tentent d’intervenir sur les équilibres d’un monde en voie d’extinction et un certain séparatisme des plus riches.


Auteur, metteur en scène : Mark ETC


ENTRETIEN
Mark ETC

Résidence de création – Théâtre & Espace public – Mars 2021

Poids ?
« plume » Je pèse 68 kg. Je suis né le 1er Mai 1968, il y a sûrement un lien. Il y a aussi un lien avec le fait d’être un poids plume. Sans vouloir trop charger le poids de l’histoire, les utopies de ces années semblent quand même bien éventées, dissipées. Cette relation du poids au temps, je veux la souligner. Je trouve qu’on n’a pas gagné grand chose et donc qu’on ne pèse pas grand chose. Dans une séquence humaine, la génération ne pèse pas grand chose. Elle pèse quand même suffisamment pour compromettre son cadre de vie. J’ai la légèreté de penser que je ne pèse pas grand chose, parce que si l’art changeait la vie ça se saurait. Je ne crois pas à cette idée même si moi ça m’a changé.

Quelle est la genèse du projet ?
Rebrousser un peu le temps, pour comprendre pourquoi on en arrive à une époque où nous savons que l’impact sur notre milieu de vie peut être tel qu’on compromet tout simplement notre capacité à nous maintenir. C’est vieux comme le monde, mais nous sommes quand même une espèce comme les autres mêlés dans un dialogue que l’on pourrait entretenir inter-espèces. Ce qui nous nourrit, dans nos organes, notre corps, les bactéries, les enzymes, en témoignent.
Le projet a cette origine. Il vient de là. Vouloir fouiller dans le passé pour moi ce n’est pas pour accumuler des preuves irréfutables de quelque chose, par exemple d’une prédisposition humaine à l’autodestruction, ce genre de grandes questions qui ont eu leur réponse y compris par le théâtre. C’est plutôt une manière de s’intéresser à la façon dont on se représente dans le monde.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Concrètement, Faute de tout pour faire un monde offre au spectateur de revisiter des époques à travers le subterfuge d’un voyage dans le temps. Cela se passe dans une maison. Une maison allégorique, constituée de pièces. Au 3 bis f j’ai envie de traiter du grenier parce que je vois bien que par la nature de cet espace, il y a quelque chose à jouer dans la relation à la psyché. J’ai envie de parler de mémoire.
Ce voyage dans le temps va faire constater que le monde est d’abord affaire de représentations.

Comment travailles-tu ?
Immersion. Je lis, je me documente. Beaucoup d’essais, pas tellement de fictions. Cependant, il y’a des choses qui reviennent dès qu’on se confronte à l’anticipation, la SF… Dans un second temps, je travaille au plateau en équipe. Je partage ces références, je vais assez loin dans la déconstruction de ce que j’imagine.
Avant de faire du théâtre je m’intéresse à ce qui fait relation, à ce qui peut être provoqué dans un espace public. Nous travaillons sur des canevas, parfois très écrits, parfois basés sur l’improvisation. Je suis ouvert à ce que nous travaillions collectivement dans ce moment-là. C’est très jubilatoire, excitant et en même temps anxiogène. Il faut arriver à tenir son sujet, à être compris et à amener quelque chose d’intéressant. À un moment donné, j’arrive à avoir une vision. Tout se met en place progressivement.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
« En toute inconscience »
Je pense à Wittgenstein : « est ce que mes jambes existent sous la table si je ne les considère pas ? » J’ai bien conscience qu’il y a quelque chose de ce côté-là, mais je ne m’y intéresse pas. Je la perçois moins comme une altération que comme un alter ego. C’est pour moi un continent, un iceberg. C’est immergé. C’est une notion très polysémique, très sociale. C’est aussi une affaire de représentations et d’expression : puisqu’on la nomme tel un désordre, au moins aux yeux de ceux qui trouvent ordre et un agencement au monde qui les entoure.

Ton jardin préféré ?
J’ai pensé tout de suite, exubérance. A priori mon jardin préféré est moussu, humide, odorant. Il est charnel, fourmillant, infini. Dans tout ce qui est charnel il y a quelque chose de fusionnel, c’est une relation au monde, à la planète terre.
Du jardin, je passe plutôt au parc et du parc je me suis dit que j’aimais bien converser, marcher avec quelqu’un. Il est venu un peu un modèle de jardin que j’aime en promenade : ces jardins terrassés, en restanques : ils offrent un spectacle à voir. L’idée de partager une vue me plait.
Il y a aussi les jardins urbains. Dès que je rentre dans un jardin ce qui m’intéresse en vérité, ce sont les gens qui s’y trouvent, les événements. J’aime bien regarder, j’aime bien quand ça me relie. Mon jardin préféré est un lieu qui me met en relation.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Un pangolin. Un animal radicalement différent. La belle et la bête.
La langue des signes.
La langue d’un enfant peut-être.

A quelle question répondrais-tu « A vous de voir » ?
En général, je n’aime pas esquiver les questions. Je pense que la fonction d’artiste est d’amener aux questions. Je n’aime pas y répondre non plus, même si je peux avoir un point de vue. Je serais tenté de dire : « quelle est la question ? ». Si on me répond « à vous de voir » je me dis « mon travail a marché ». Cette question ouvre celle de la subjectivité.


site de la compagnie

BASTIEN MIGNOT
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Arts vivantsThéâtre

BASTIEN MIGNOTUN REGARD SUFFIT À RAYER L’INVISIBLE

SESSIONS
2, 4 ET 9 JUIN DE 10H À 12H

SORTIE DE RÉSIDENCE
JEUDI 10 JUIN À 20H

SESSIONS
2, 4 et 9 juin de 10h à 12h

SORTIE DE RÉSIDENCE
jeudi 10 juin à 20h


Un regard suffit à rayer l’invisible déplie le motif du noir dans un rêve d’obscur. Le noir y est l’origine de nos métamorphoses à venir. La nuit tombe à la fin de chaque jour. La nuit nous entoure et nous constitue comme l’air que nous respirons. L’Obscurité est la matière même du théâtre. L’Obscurité est cet être invisible et vivant avec lequel je me propose de tisser quelques alliances pour dessiner de nouvelles cosmogonies.


Conception, scénographie et mise en scène : Bastien Mignot - Avec : Alix Boillot, Julie Menut, Antoine Cegarra - Lumière : Manon Lauriol - Son : Clément Vercelletto - Dramaturgie : Céline Cartillier


ENTRETIEN
Bastien Mignot

Résidence de création – Danse – Juin 2021

Poids ?
Ça m’évoque quelque chose de l’enfance, une question de physique élémentaire, où on se demande : « Qu’est-ce qui est le plus lourd, un kilo de plomb ou un kilo de plumes ? » Le poids est strictement le même, la devinette dit explicitement que c’est un kilo, mais notre esprit hésite car l’espace d’un kilo de plumes et l’espace d’un kilo de plomb ne sont pas les mêmes. C’est le volume qui entre en jeu. Ça illustre l’arbitraire de la mesure, qui ne tient pas forcément compte de la consistance de la matière.

Quelle est la genèse du projet ?
La genèse de cette pièce est assez lointaine. Quand j’ai commencé à faire des pièces en 2012, je me suis placé dans l’espace liminaire du crépuscule. J’ai mis mon corps en jeu dans ce moment de la journée qui effleure le début de la nuit. J’ai aussi mené une exploration avec le photographe Grégoire Edouard et nous avons constitué un corpus de photographies et de vidéos dont les images ont été prises à la fin du jour. Continuer de marcher sur ce chemin m’amène dans la nuit. Un regard suffit à rayer l’invisible, nait d’une exploration nocturne. Parmi les sources, il y a Rêver l’obscur, le livre de l’éco-féministe Starhawk dont le titre lui-même représente à mes yeux une forme d’injonction positive, un mantra, une action à faire, à rêver l’ombre. Pour Starhawk cela implique d’accepter les parts d’obscurité en nous-mêmes pour y retrouver de la force. Cette lecture a été une étincelle.

Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ?
Alors tout simplement, parce que j’y ai été invité. Après, je dirais que ce qui entre immédiatement en résonance avec mon travail, c’est la dimension de relation et de soin qu’il y a dans cet établissement. Une autre chose qui me semble spécifique et d’importance : c’est la recherche. Dans les arts vivants elle est rarement au premier plan.

Comment travailles-tu ?
Dans le cas de cette pièce, je travaille avec le temps, sur la longueur. Cela fait à peu près quatre ans que j’en ai posé les premières intentions. Il y a une part du travail que je fais seul, c’est un moment de recherche. Je le nomme plutôt promenade, exploration. Ce n’est pas une recherche scientifique. C’est plutôt de la dérive. Je développe notamment une pratique de collecte. Cette collecte est ensuite mise en forme dans des atlas, héritée d’une pratique warburgienne en quelque sorte [Andy Warburg, 1866-1929, est un historien de l’art dont le travail a posé les bases de l’iconologie, notamment avec L’Atlas mnémosyne].. Je prélève des éléments à la fois dans la littérature, à la fois dans l’histoire de l’art, des sciences, de l’occultisme… Une fois au plateau, il s’agit de faire confiance à des visions, ces choses que l’on projette, qui nous arrivent, qui sont de l’ordre de l’intuition. Ce sont ces visions qui travaillent. Je crois fort aux phénomènes d’apparition. Ces apparitions ont pour véhicule la confiance, la confiance dans l’espace, dans les fantômes de l’espace, dans les personnes avec lesquelles je travaille, dans la pièce, dans l’état de mûrissement de la pièce. Car c’est la pièce qui décide.

Comment cohabites-tu avec ta folie ?
Par l’écoute et le dialogue. Les différents moi cohabitent dans le moi que tu vois là en face de toi. À l’intérieur il y a plusieurs parts de moi, certaines que je connais, d’autres non. Elles ne sont pas toujours d’accord entre elles.

Ton jardin préféré ?
Mon jardin préféré, c’est la forêt. C’est celui qui n’a pas d’enclos, il est situé dans « l’ouvert », comme dit Jean-Christophe Bailly. C’est un écosystème. Il ne serait plus la marque de la supériorité de l’homme sur le reste du vivant. Cela me renvoie au concept de Gilles Clément : « le jardin planétaire », où les frontières de l’enclos du jardin sont celles de la planète elle-même. Il s’agirait de laisser les mauvaises herbes exister, laisser les vivants s’agencer, s’exprimer.

Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ?
Ce serait l’hébreu. Les cils, c’est presque les yeux, c’est le regard. Cette langue est charnière dans l’histoire de l’humanité et dans l’histoire de notre rapport avec le réel. C’est une langue, comme l’arabe, où, à l’origine, il n’y a pas de voyelles écrites. C’est une langue qui a besoin de la parole, qui n’est pas totalement enfermée dans l’alphabet.
Je pense au livre Comment la terre s’est tue, de David Abram. Dans ce livre, extraordinaire à bien des égards, David Abram fait enquête sur le moment où les humains se sont déconnectés du reste du vivant et se sont enfermés dans leurs propres préoccupations d’humains. Son enquête passe par la sémiotique, par la langue. Il parle notamment de la langue hébraïque comme se situant encore dans la matérialisation, à sa lisière, après les écritures hiéroglyphiques, pictographiques et idéographique. Il y a encore la présence de la réalité de la chose. En chinois par exemple, le mot arbre est un idéogramme qui représente un arbre. Dans notre alphabet post-hébraïque, dans notre alphabet romain, en français, arbre c’est a.r.b.r.e, ce qui n’a plus aucun lien sensible avec un arbre.

À quelle question répondriez-vous « À vous de voir » ?
Ce serait peut-être à cette question : « Quelle est la signification d’une œuvre, en l’occurrence celle que je suis en train de faire ? » J’ai des nécessités vis à vis de cette pièce. Ce n’est pas forcément intéressant de les entendre parce que ces nécessités-là vont se traduire dans les formes. Elles vont irriguer le travail. Ce que va en faire une personne à son contact, sa façon de recevoir le travail, le sens qu’elle y donnera, c’est à elle de voir…


© Raphael Fourau