MARIE ILSE BOURLANGES & ELENA KHURTOVA

DISPLACE

EXPOSITION | 5 septembre - 17 octobre 2020 VERNISSAGE BRUNCH samedi 5 septembre 2020 de 11h à 13h PERFORMANCES samedi 5 septembre à 13h vendredi 18 septembre à 15h samedi 19 septembre à 18h30 samedi 17 octobre à 16h [Performance d'Elena Khurtova maintenue - Performance de Marie Ilse Bourlanges annulée] SESSION jeudi 15 octobre de 10h à 12h [et de 14h à 16h - annulée] Traversant les motifs du déplacement et de la disparition, Marie Ilse Bourlanges et Elena Khurtova développent, pour cette exposition, un opéra plastique qui réunit récit et matière. En suivant le protocole des archives hospitalières, Khurtova & Bourlanges retracent l’histoire manquante de Ilse, allemande internée de force à Marseille dans les années 1950. Par le texte et la parole se recompose le récit d’une présence silencieuse que le duo transpose en un paysage versatile et vulnérable. Cette partition vocale et visuelle trouve un contrepoint tangible avec la terre, puissante évocation de l’identité, de la marchandisation et du territoire.Explorant les qualités narratives et transitoires de la terre – depuis la poignée de terre protectrice prélevée jusqu’aux déplacements de sol réalisés lors de travaux d’excavation – la matière devient compagne, écho ou allégorie d’un destin particulier. Une réflexion sur la fragilité des conditions humaines et environnementales induites par les migrations inhérentes à un territoire ouvert sur la Méditerranée. Cette exposition est réalisée dans le cadre de Manifesta 13 Marseille Les Parallèles du Sud. Avec le soutien de la Région Sud, du Mondriaan Fonds et de Stichting Stokroos. Les expositions sont ouvertes du mardi au samedi de 14h à 18h & rdv. Entrée libre. ENTRETIEN Marie Ilse Bourlanges & Elena Khurtova Résidence de création – Arts visuels – Janvier > Septembre 2020 Poids ? Nous parlons souvent du poids de notre travail : des kilos de matières à déplacer d’un endroit à un autre… Nous avions créé une installation in situ intitulée 1000 bricks / 1 ton of clay qui consistait en un mur fait de briques en argile crue exposé à l’eau : l’œuvre était donc en perpétuelle transformation. Au bout de 6 heures les briques d’argile étaient saturées d’eau et la structure s’est effondrée. Nous avons collecté cette argile, nous l’avons gardée, et cela fait des années que nous la transportons d’un endroit à un autre en la faisant réapparaître dans nos travaux. Garder et transporter cette large ressource d’argile peut s’avérer compliqué, mais c’est devenu le fondement de notre processus de travail. Nous avons entamé un nouveau processus dans lequel la matière première reste la même mais sa forme change. Ainsi l’argile porte en elle le souvenir de l’histoire chaque projet. Quelle est la genèse du projet ? MI : Tout part d’un projet précédent intitulé The Sky is on the earth (Le ciel est sur terre) que nous avons mené de 2014 à 2019 à partir d’archives que j’ai hérité de mon grand-père, contenant d’étranges connexions entre la terre et les étoiles. A première vue cette histoire nous semblait obscure. Puis, en fouillant dans les archives, l’idée de travailler à partir de ces recherches ésotériques de relations entre le paysage, le ciel et les étoiles, qui représentaient le travail de toute la vie d’un homme, s’est révélée très inspirante. E : Tout en travaillant sur les recherches de Jacques Bourlanges nous avons voyagé afin de ressentir nous mêmes les connexions qu’il établit dans sa théorie. Nous avons parcouru les 7 points entre Marseille et Cannes, supposément une projection de la constellation de la Grande Ourse, en récoltant un peu de terre à chaque emplacement. Ce fut le commencement de notre propre interprétation des théories de Jacques, afin de les transformer en une expérience tangible. Ma sensibilité à la terre m’a poussé à chercher des interactions spécifiques avec cette terre en passant d’une échelle personnelle à une échelle d'excavation plus large, à la fois environnementale et industrielle. MI : Nous avons réalisé deux publications à partir de ce travail : Raise et Sans réponse. Dans Sans réponse je cherche à établir une connexion avec Jacques, qui était mon grand-père mais également un étranger pour moi. Au cours de cette quête j’ai ressenti un très grand déséquilibre entre cet homme qui a généré une immense quantité d’archives et une femme qui semble avoir disparu totalement de ma famille : ma grand-mère Ilse. Le désir de réhabiliter cette femme fut pour moi le point de départ de mon travail actuel. Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ? Quand nous avons eu connaissance du 3bisf, sa relation avec la psychiatrie fut le déclic pour développer un nouveau projet. Les qualités historiques et la mémoire de l’espace résonnaient avec les notions de déplacement et de fragilité de l’esprit avec lesquelles nous voulions travailler. Nous avions également toujours ressenti le besoin de transporter le projet the Sky is on the Earth jusqu’à l’endroit d’où il était originaire : la région entre Marseille et Cannes. Nous avions cette idée en tête et quand Manifesta 13 a annoncé se dérouler à Marseille, ce fut un moteur en plus afin de développer ce nouveau travail dans le contexte du 3 bis f. Comment travaillez-vous ? Nous avons commencé à travailler ensemble il y a dix ans, d’abord comme amies s’aidant mutuellement dans nos études, puis dans le cadre d’un travail en duo. Ce qui nous a réuni était notre sensibilité pour la matérialité, la mémoire, ainsi qu'une attention particulière au contexte. Actuellement nous explorons de nouvelles modalités d’échange et de dialogue, en nous dirigeant vers des pratiques plus individuelles. Comment cohabites-tu avec ta folie ? MIB : La folie est présente dans mon histoire familiale, ma grand-mère a été placée dans l’hôpital psychiatrique de la Timone des années 1950 jusqu’à sa mort en 1983 ; on ne parlait pas d’elle dans ma famille et pourtant je porte son nom. En tant qu'artiste je suis heureuse de pouvoir traduire les recherches que je mène à ce sujet d’une manière constructive et créative. C’est un lien avec ma famille, ma vie personnelle mais ça ne parle pas que de moi, c’est une question plus universelle qui me permet de garder un contact avec ma folie. Je pense que je suis artiste aussi pour cela, pour me connecter à cette part de mon histoire, tout en l’inscrivant dans un contexte plus large. EK : C’est très lié à cette question de la fragilité qui a toujours été importante dans notre travail. MIB : C’est intéressant car cette dualité - une chose fragile qui possède une force intérieure - est une question que nous explorons à travers les matériaux depuis le début de notre pratique. Ton jardin préféré ? Your favorite garden ? MIB : Le jardin du 3 bis f ! J’aime ce jardin, je vais y chercher tous les jours de la verveine et j’y ai commencé un compost. Je n’ai jamais eu de jardin, c’est un bonheur quotidien. EK : Je dirais que les jardins imaginaires sont très importants pour moi, un lieu parfait pour être en paix. Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ? MIB : C’est drôle et étonnant car j’ai un travail en cours qui s’intitule ‘Kiss me on my Eyeball’ (Embrasse-moi sur mon globe oculaire). Il s’agit d’une tentative de poésie érotique que je relie à un ancien amant. EK : Pour moi la question des langues se raccorde au langage : la sensation de “chatouillement” peut être créée quand quelqu’un parle de manière “scintillante”. A quelle question répondrais-tu « À vous de voir » ? EK : Dans notre processus de travail il y a des moments où nous avons besoin de nous dire à l’une ou l’autre “c’est à toi de voir”, mais l’expression française utilisant ce terme du “regard” est intéressante pour nous dans le contexte de l’art visuel. Marie Ilse : Nous changeons actuellement notre méthodologie afin de pouvoir travailler de façon plus individuelle au lieu de toujours être à l’unisson. Ainsi nous nous laissons plus de liberté et d’autonomie, ce qui enrichit notre dialogue. Le prochain projet Displace sera révélateur de cette nouvelle autonomie. Sites des artistes Marie Ilse Bourlanges Elena Khurtova Photographie © Jessie Yingying Gong