YAÏR BARELLI & NILOOFAR BASSIRI

ZAMANE

SESSIONS Jeudi 10 décembre de 15h à 17h Samedi 9 janvier de 15h à 17h SORTIE DE RÉSIDENCE Vendredi 8 janvier à 20h Niloufar est iranienne, Yaïr israélien, Niloufar est plasticienne, Yaïr danseur. Tous deux vivent en France dans une sorte d’exil volontaire de leurs pays d’origine inscrits dans des situations politiques complexes. Matière de recherche et point de convergence, les chansons populaires dont ils sont dépositaires et nostalgiques, interprétées dans un va-et-vient entre la langue d’origine et le français, deviennent un terrain de jeu politique, linguistique et performatif. Conception et interprétation : Niloufar Basiri et Yaïr Barelli - Lumière et espace : Yannick Fouassier - Son : Jonathan Reig ENTRETIEN Yaïr Barelli & Niloufar Bassiri Résidence de création – Danse – décembre 2020 et janvier 2021 Poids ? Y : Dans un bon jour 71,2 kg N : entre 59 kg et 60 kg Y : ensemble cela fait 131,2 kg Quelle est la genèse du projet ? N : Notre rencontre. Nos expériences qui sont celles de deux étrangers à la communication entravée de par leurs pays d’origine. Pour moi, c’est la première fois que je rencontrais quelqu’un venu d’Israël. La France est devenue un espace intermédiaire. Nous y avons vécu des choses communes qui ont fait le lien entre nous. Y : La rencontre s’est faite à l’École des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand. Je ne sais pas si un européen peut comprendre ce que cela représente de rencontrer quelqu’un qui vient d’un pays ennemi. Il y a tout de suite une sorte d’excitation, mêlée de peur. C’est complètement débile mais c’est comme ça. Comme l’a dit Niloofar, on s’inspire aussi de notre exil en France car on a été confronté.e.s aux mêmes problèmes : l’adaptation à la langue, les démarches administratives… On ne parle pas bien français, on ne comprend pas et on improvise constamment. La genèse du projet, c’est donc à la fois ce qui est très loin (nos pays d’origine et la guerre) et très proche (la France). Par ailleurs, je suis attiré par la culture persane depuis très longtemps. N : Quand j’ai décidé de faire un stage avec Yaïr j’avais vraiment peur, car je ne savais pas si travailler avec un israélien poserait problème quand je retournerais en Iran. Après, c’est devenu comme un acte de résistance. Je me suis dit : « oui, pourquoi pas ». On va faire un projet de toutes ces complicités. Y : C’est un peu banal, la situation est absurde mais il y a un réel danger. On a même discuté, de changer de nom, inventer un pseudo et finalement Niloufar à décidée que non. N : Les chansons vont permettre de montrer les différences entre nous, en utilisant les points communs en France pour faire lien. Y : Oui, on travaille sur des chansons d’Israël et d’Iran avec lesquelles nous avons grandit et qui nous rendent nostalgiques. Nous sommes en train de les traduire en français pour les amener auprès de nous. Pour un public français, ces chansons ne veulent absolument rien dire. Il y a un intérêt dans ce décalage de charge émotionnelle. Et puis il y a le sujet de la lutte qui était un hasard. Il y a eu un incident récemment. Un judoka iranien fait le choix délibéré de ne pas refuser de combattre contre un adversaire israélien. Il a été contraint s’exiler en Allemagne, car normalement un sportif iranien qui est confronté à un israélien doit renoncer. On va faire un peu l’inverse, une sorte de lutte intentionnelle ou se confondent peur et désir de la rencontre de l’autre. Pourquoi le 3 bis f pour ce projet ? Parce c'est génial ! Comment travailles-tu (travaillez-vous) ? Y : Nous ne savons pas encore, c’est une collaboration, ça c’est sur. Nous ne sommes pas au même endroit, mais il n’y a pas de hiérarchie. Niloufar a une expérience que moi je n’ai pas. Elle est architecte. Elle vient de beaucoup plus loin que moi. Elle a un parcours de plasticienne. Il nous faut trouver comment collaborer. De mon côté, lorsque j’enseigne, je tente de travailler avec le groupe, me situant davantage comme l’un des participants que comme un enseignant. N : Au début je pensais comme enseignant/étudiant. Finalement, j’ai vu que l’on pouvait inventer autre chose. Comment cohabites-tu avec ta folie ? Y : J’ai envie dire qu’il n’y a pas de folie. N : Oui exactement ! Y : C’est un malentendu. On habite bien, on ne sait pas habiter autrement. J’ai fait un projet avec ce que l’on appelle une classe ULIS (Unité localisée d’intégration sociale). Qu’est-ce que cela veut dire « intégrer » ces enfants qui ont des « handicaps mentaux » ? Je n’ai jamais réussi à comprendre. Quand je les ai interrogé.e.s, j’ai eu des réponses complètement non satisfaisantes : « j’ai un problème de concentration », « j’ai un problème de mémoire ». Mais on a tous des problèmes de concentration et de mémoire. Je pense que s’il faut les inclure cela veut dire que quelqu’un les a exclu. Et c’est plutôt-là que se situe le problème, dans la conception de la folie et plus que dans la folie elle-même. Ton jardin préféré ? Y : Le jardin de ma mère, qui se trouve à Jérusalem. N : Le jardin Eram à Shiraz en Iran. Quelle langue voudrais-tu chatouiller avec tes cils ? Y : La langue d’un serpent. N : d’un chat. A quelle question répondriez-vous « A vous de voir » ? Y : « Ton jardin préféré ? » (c’est une réponse écologique, recyclée) N : C’est quoi votre projet ? Sites des artistes Yaïr Barelli © Barelli