Compagnie Pile Poil

La tentation d’exister

Résidence de création Spectacle La tentation d’exister 13 mai à 21h et 14 mai à 19h Mise en scène Christian Mazzuchini d’après Christophe Tarkos, avec Christian Mazzuchini Il y a trois ans de cela, au soir de la première de « Jésus de Marseille » de Serge Valletti, au Théâtre des Salins à Martigues, une jeune femme est venue me voir après le spectacle et m’a tendu un livre et un CD avec ces mots : « Tiens c’est un cadeau, il faut que tu montes ça, c’est fait pour toi. » Je bénis encore ce geste depuis. Le « ça » dont elle parlait n’était autre qu’ « Anachronisme » de Christophe Tarkos, et un CD de lecture et d’impros de l’auteur lui-même. Je n’avais jamais entendu parler de Christophe Tarkos. Sa poésie s’inscrit dans le projet général de vivifier et défendre la langue française. Je ne cacherai pas que ses textes me hantent depuis, qu’ils m’accompagnent, et j’ai hâte de les proposer sur scène dans une forme simple et radicale sous le titre de : La tentation d’exister , car ça me paraît correspondre au plus près de ce qu’il a dû endurer et braver tout au long de sa maladie. C’est donc cette Tentation que je vous propose de partager. C Mazzuchini 2010. Coproduction, partenariat 3 bis f, Théâtre des Bernardines, Marseille Répétitions publiques ouvertes La tentation d’exister 4, 5, 11, 12 mai de 14h30 à 16h30 La Tentation d’Exister C’est sous ce titre d’emprunt à un bouquin de Cioran, (que je n’ai jamais réussi à lire jusqu’à son terme- mais dont j’ai beaucoup lu le titre) qu’apparaissent les textes de Christophe Tarkos, qui se définit lui-même ainsi : Je suis né en 1963. Je n’existe pas. Je fabrique des poèmes. 1- Je suis lent, d’une grande lenteur. 2- Invalide, en invalidité. 3- Séjours réguliers en hôpitaux psychiatriques depuis dix ans. « Je suis un poète qui défend la langue française contre sa dégénérescence, je suis un poète qui sauve sa langue, en la faisant travailler, en la faisant vivre, en la faisant bouger. » Christophe Tarkos est mort le 29 novembre 2004. Sa poésie est acte de déconstruction périlleux qui tente d’aboutir à la libération d’une langue perçue comme aliénée au risque de l’incompréhension et du mutisme. Formidable performer en tant qu’improvisateur génial de sa poésie, il participe au renouvellement de la poésie en France en multipliant les interventions publiques. Si le sentiment de « nouveau » s’impose, c’est avec la force de l’évidence. Mais rien ne rend raison de cette évidence. Car si sensation il y a d’un phénomène neuf, c’est précisément parce qu’il rend obsolètes les codes de lectures anciens. Le travail formel de Tarkos propose un effort de concrétisation de ce qu’il appelle la « Patmo » (une substance de mots englués). Les textes de tarkos donnent souvent la sensation du second degré, de la citation, de l’emprunt, son style est souvent parodique : il mime le genre « manifeste », la narration épico-biblique, un certain angélisme « new-age », l’énoncé philosophique, l’affirmation publicitaire, etc... « La Tentation d’Exister » est une première approche de l’œuvre remarquable de Christophe Tarkos qui ne commence à écrire « à plein temps » qu’à partir de 1990. Cependant il faudra plusieurs années, et plusieurs volumes seront nécessaires pour rééditer l’ensemble de son œuvre complète et faire connaitre au public l’étendue de ses activités. Sous l’appellation K.Mazzu, des bribes, des pensées, des lambeaux de phrases consignés depuis des années dans un petit carnet, (dont les provenances et les propriétés sont plus qu’incertaines en plus d’être lointaines) viendront se placer en contre-point de la prolixité Takosienne. L’utilisation à cet effet de la langue Romani Cib, la langue Rom (Tzigane), « ma langue de cœur » est un clin d’œil à son texte, « ma langue est poétique » et vient également à ce propos souligner en écho, l’état poétique d’un peuple qui ne réclame avant toute autre chose, que le simple accès au statut d’être humain. Le libertaire Christophe Tarkos, poète de sa nation, poète de sa langue comme il le disait, n’appartient pas aux lyriques, à la poésie traditionnelle. Il élabore la poésie faciale dite aussi « poésie de merde », c’est-à-dire qui ne fait pas, (dans le sens : ne refait pas), où l’on entend une poésie qui ne la ramène pas (contre la pose poétique inspirée, ses profondeurs sensibles, ses vertiges métaphysiques ou son pathos pulsionnel) et une poésie qui ne trompe pas son monde : qui fait ce qu’elle dit et dit ce qu’elle fait, exactement étalé sous nos yeux. « La Tentation d’Exister » dans sa radicale simplicité (un siège, un cercle de lumière, un acteur, une scène intemporelle), va tenter avec la poésie de Tarkos de renouer avec la vie, plutôt que de s’en séparer. Ici pas de performance, mais un plaisir du partage avec une poésie qui tente elle aussi de s’incarner dans l’histoire. Bien sûr ceci n’est qu’une organisation verbale quelconque. Rendez-vous, donc, à l’évidence. Marilyne Le Minoux et Jean Pierre Chupin, mes complices de toujours seront également du voyage, dans cet accompagnement artistique, que je pourrais également qualifier avec amusement, d’accompagnement thérapeutique. Christian Mazzuchini