DEMESTEN TITIP

Tentatives de trous pour voir le ciel à travers

Tentatives de trous pour voir le ciel à travers vendredi 6 avril à 21h et samedi 7 avril 2012 à 19h Création Cie en affinité du 3bisf D'après The Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins-Gilman et Un homme en suspens de Saul Bellow Avec : Olivier Boréel, Solenne Keravis, Sébastien Rouiller Adaptation : Laurence Gervais Création sonore : Sébastien Rouiller Conception et mise en scène : Christelle Harbonn Depuis sa création, la Compagnie Demesten Titip s’attache aux seconds rôles de grandes fresques. Ici elle se concentre sur des histoires moins célèbres, mais où les protagonistes tentent aussi de faire entendre une troisième voie(x), qui n’est ni du côté de l’ordre social, ni du côté de la révolution. Le projet Tentatives de trous pour voir le ciel à travers s’organise en deux formes courtes autour de The Yellow Wallpaper de Charlotte Perkins-Gilman et de The Dangling Man de Saul Bellow. Ces textes sont deux journaux intimes écrits respectivement par une femme au XIXe et par un homme au XXe siècle. Ils sont des échappatoires à une vie qui cloue leurs protagonistes à des lois (psychanalytiques ou sociales) qui les démunissent. Ce sont leurs forces de résistance. Le premier texte, Le papier peint jaune (1890), met en scène une femme qui décrit les motifs du papier peint de sa chambre, où elle lit des formes de vies et de dépendances. Elle souffre vraisemblablement d’un post-partum, largement aggravé par les traitements qui lui sont infligés par son époux psychiatre. Ce texte est une autobiographie violente de Charlotte Perkins-Gilman, où l’écriture (secrète car interdite) devient une forme d’indépendance et d’autonomie, l’issue à une vie cloisonnée par les questions de genre et de domination masculine. Tous les thèmes que le personnage aborde (maternité, enfermement, contrat marital,…), se retrouvent noués dans le motif du papier peint devenu le seul paysage de la femme séquestrée dans sa chambre. Le second, Un Homme en Suspens (1944), est également un journal intime, cette fois écrit par un homme. Canadien émigré aux Etats Unis, il est appelé à la guerre en Europe (1944). Il démissionne de son travail, mais, du fait d’une administration kafkaïenne, il ne fait qu’attendre le jour effectif de son départ. Écrivant, il tente de s’éloigner d’un présent qui le pétrifie en s’attachant à décrire comment il est passé du statut « d’homme actif » à celui « d’homme en suspens ». Cet homme « perdu », décrit par Saul Bellow, fait partie des premiers héros sans illusions du milieu du siècle. Il erre dans une vie qui perd de son sens et cherche, à travers l’écriture, la possibilité d’une réconciliation avec l’incongruité de l’existence. Ecrire ou ramper, ramper pour ne pas faire de bruit mais avancer tout de même… exister à travers l’écriture, survivre par les mots, faire entendre, même par le chuchotement, une voix qui n’a pas le droit d’être… c’est ce que fait l’héroïne de Gilman dans le Papier peint jaune, mais c’est aussi ce que fait Un Homme en suspens de Saul Bellow, victime des codes et des injonctions au silence qui le « pétrifient ». Faire entendre ces voix, par le biais de la répétition, à plusieurs voix, à plusieurs textes est la raison pour laquelle ces deux formes sont présentées ensemble. Dire en creux, en contraste, mais surtout dire plusieurs fois, de journal en journal, de lettres en lettres, de mots en mots, permet à ces identités anonymes de se construire, voire d’exister et de ne pas sombrer dans la folie. Ces voix sont à la fois celles d’un monde intérieur bien plus riche que la folie et/ou le désespoir ordinaire(s) qu’on veut bien leur attribuer, et celles d’un délire parfois créateur de liberté jusqu’à la violence, ou jusqu’à l’extrême lucidité dont fait preuve le personnage de Bellow sur son époque, le privant au passage du rassurant contact de l’humanité de ses semblables. « L’héroïne » de Gilman et le « héros » de Bellow tentent d’appréhender le monde en dehors des stéréotypes que l’on veut leur imposer. Ils réinventent leur propre histoire, la réécrivent en empruntant des chemins que leurs semblables refusent de reconnaître, par une mise à distance souvent cruelle du monde qui les entoure. Co-production 3 bis f, ARCADI, Théâtre Roger Barat-Herbley, Collectif 12, Ville de Marseille, La Loge-Paris, Les Argonautes-Marseille. Pour réserver cliquer ici